Conjoints en affaires : protéger l’entreprise et le couple

Entre conjoints en affaires, tout semble simple, jusqu’au jour où tout se complique. Une séparation, un décès ou un désaccord stratégique, et c’est la structure d’entreprise et le patrimoine personnel qui écopent.

On March 14, 2025
Temps de lecture: 8 minutes
Femme et homme d’affaires en réunion dans un bureau

Les conjoints de fait n’ont aucune protection légale automatique

Contrairement aux couples mariés, les conjoints de fait ne bénéficient d’aucune protection légale automatique au Québec. En affaires, cette réalité peut devenir une bombe à retardement.

Le sujet dépasse la simple question de fiscalité ou de répartition d’actions. Il s’agit de protéger ce que vous avez bâti, ensemble et individuellement. Une mauvaise structure ou l’absence d’entente claire peut mener à des pertes financières, à des conflits juridiques et à des décisions d’affaires paralysées. C’est un enjeu à la fois humain, juridique et stratégique.

Trois profils de couples en affaires

Le couple visionnaire. « On a tout lancé ensemble, on se fait confiance. » Sans convention d’actionnaires ni entente en cas de rupture, la confiance ne suffit pas. Une convention d’actionnaires incluant des clauses adaptées à la situation conjugale préserve l’entreprise et les intérêts de chacun, même en cas de séparation.

L’entrepreneure et son conjoint contributeur. « C’est mon entreprise, mais il m’aide beaucoup. » Sans contrat de travail ni statut formel, la rémunération irrégulière crée des risques juridiques et fiscaux. Établir un statut clair, actionnaire, employé ou consultant, avec une structure salariale ou de dividendes, clarifie les rôles et protège les deux parties.

Le couple en intégration familiale. « On veut que nos enfants reprennent l’entreprise un jour. » Une structure désorganisée nuit à la relève. Une fiducie familiale, un gel successoral et la nomination des enfants comme bénéficiaires préparent le transfert et allègent la fiscalité au moment venu.

Les outils qui protègent l’entreprise et le couple

La convention entre actionnaires

C’est le contrat qui définit les règles de gestion, de rachat, de succession et de résolution des conflits. Elle prévoit ce qui se passe en cas de décès, de séparation ou de désaccord, ce qui évite les blocages. On peut y intégrer, par exemple, une clause de rachat adaptée à une rupture entre conjoints.

Le testament et le mandat de protection

Ces documents encadrent la transmission des biens et la gestion en cas d’inaptitude. Ils permettent de nommer le partenaire comme légataire ou mandataire. Sans eux, un conjoint de fait risque d’être exclu ou de perdre le contrôle de l’entreprise en cas de décès ou d’incapacité.

La fiducie familiale

La fiducie détient des actions ou des actifs au bénéfice des membres de la famille. Elle centralise la détention, protège les actifs et facilite la relève. Elle peut, par exemple, servir à protéger des parts en cas de séparation, sans forcer un rachat à même les liquidités de l’entreprise.

Un cas pratique qui a mal tourné

Un couple était en affaires depuis douze ans dans le secteur agroalimentaire. La conjointe détenait 80 pour cent des actions, son partenaire 20 pour cent. Aucun contrat d’actionnaires, pas de testament, pas de mandat.

Lorsqu’ils se sont séparés, un conflit sur la gestion des revenus et des clients a dégénéré. La conjointe a dû racheter les parts à prix fort, sans filet juridique, et le climat d’affaires s’est détérioré au point de faire perdre un client majeur. Avec un nouveau partenaire, elle a depuis mis en place une convention solide, un testament et une fiducie.

Les erreurs que l’on voit encore trop souvent

Beaucoup de couples d’affaires évitent les discussions difficiles au nom de la confiance. Or l’amour ne remplace ni une convention bien rédigée, ni un testament, ni une planification fiscale. Trois erreurs reviennent souvent :

  • Ne pas rédiger de convention entre actionnaires. En cas de conflit ou de séparation, l’un des deux peut rester coincé avec un associé dont il ne veut plus.
  • Ne pas formaliser le rôle du partenaire. Travailler ensemble sans statut expose à des risques juridiques et fiscaux et nuit à l’accumulation de droits personnels comme le REER ou l’assurance emploi.
  • Ne pas anticiper l’après. Un décès ou une inaptitude sans planification peut être catastrophique pour l’entreprise et pour le conjoint de fait, qui n’a aucun droit automatique.

Les questions à vous poser en couple

  • Sommes-nous protégés juridiquement en cas de séparation ou de décès?
  • Avons-nous une convention d’actionnaires adaptée à notre situation?
  • Le partenaire est-il rémunéré et reconnu dans un cadre légal?
  • Souhaitons-nous transmettre l’entreprise à nos enfants?
  • Qui détiendrait le pouvoir décisionnel si l’un de nous devenait inapte?

Un désaccord amoureux peut devenir un conflit juridique. Un décès peut entraîner la perte de contrôle sur votre entreprise. Une inaptitude sans mandat peut geler toutes les opérations bancaires.

Travailler en couple peut être un formidable levier ou un terrain miné. C’est en anticipant les imprévus que vous protégez ce que vous avez bâti ensemble. La prévention vaut ici des milliers de dollars. Nos services en droit des affaires et en planification accompagnent les couples entrepreneurs dans cette démarche.

Vous êtes en affaires avec votre conjoint? Réservez une consultation en ligne pour mettre en place les bonnes protections.

Foire aux questions

Les conjoints de fait ont-ils les mêmes droits que les couples mariés au Québec?

Non. Au Québec, les conjoints de fait ne bénéficient pas du patrimoine familial ni des protections automatiques du mariage. En cas de séparation ou de décès, un conjoint de fait n’a aucun droit automatique sur les biens de l’autre, y compris sur l’entreprise. D’où l’importance d’une entente écrite.

Quelle est la première protection à mettre en place quand on est en couple et en affaires?

La convention d’actionnaires est souvent la pierre angulaire. Elle prévoit ce qui arrive en cas de séparation, de décès ou de désaccord, et évite qu’un conflit personnel ne paralyse l’entreprise. Elle se complète par un testament et un mandat de protection.

Que se passe-t-il si mon conjoint m’aide dans l’entreprise sans statut officiel?

Sans statut d’actionnaire, d’employé ou de consultant, sa contribution reste juridiquement floue. Cela crée des risques fiscaux, complique la reconnaissance de son apport en cas de rupture et le prive de droits personnels comme le REER ou l’assurance emploi. Formaliser son rôle protège les deux parties.

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